Reconversion professionnelle de potier

thomas potier
J’ai rencontré Thomas dans mon ancienne vie professionnelle. Nous étions collègues dans le même service et j’étais loin d’imaginer qu’il échangerait sa vie pour celle qu’il a choisie aujourd’hui. Une belle surprise et une belle leçon de vie.

Bonjour Thomas, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Alors je m’appelle Thomas Lamey, j’ai 30 ans et j’habite dans le sud de l’Alsace. Voilà mon parcours: j’ai eu un DUT puis j’ai passé une licence en Angleterre avant de faire une école d’Ingénieur en informatique en France. J’ai très vite trouvé un poste après la fin de mes études et j’ai travaillé pendant 6 ans dans la même entreprise avant de décider de changer de vie. Depuis le début de l’année, j’ai quitté mon poste d’ingénieur en informatique pour devenir potier.

Tu as décidé de quitter l’entreprise dans laquelle tu travaillais. Peux-tu nous dire comment se déroulaient tes journées ?

Avant je travaillais dans un bureau et passais donc ma journée assis derrière un ordinateur. Je devais gérer différentes choses: mise à jour de sites internet, relation client, création graphique, etc… En résumé, parfois pas mal de stress avec des demandes de dernières minutes (toujours urgentes bien sûr) ou bien à d’autres moments des périodes beaucoup plus calmes où je tournais même un peu en rond.

Et maintenant, comment se passent tes journées ?

Maintenant, j’ai repris la gérance de l’entreprise artisanale de poterie de mon oncle et de ma tante. Ils étaient les 2 seuls à y travailler et ils sont maintenant à la retraite. Ils continuent à me former car ils habitent une maison voisine de l’atelier. Je passe mes journées à travailler sur des choses variées et j’organise mon temps comme je le désire. Le travail est forcément plus physique et il faut se fixer une discipline pour y arriver mais c’est très enrichissant de continuellement apprendre de nouvelles choses. Ce qui est appréciable aussi c’est de savoir que l’on travaille pour soi et non plus pour quelqu’un d’autre. Ça met forcément une petite pression mais ça stimule beaucoup !

Depuis ta décision, qu’est-ce qui a changé, mentalement ou émotionnellement, chez toi ?

Je pense que depuis mon changement de vie, je suis devenu plus zen et peut-être plus en harmonie avec mon caractère. J’ai toujours été quelqu’un d’assez calme et posé mais parfois je bouillonnai à l’intérieur et c’était souvent pour pas grand-chose. Je pense que maintenant ça m’arrive beaucoup moins et que je relativise beaucoup plus facilement.

Depuis quand souhaitais-tu devenir potier ?

L’idée me trottait dans la tête depuis quelques années. Je savais que l’opportunité était là car j’en avais parlé avec mon oncle et ma tante mais sans jamais leur faire penser que j’allais me jeter à l’eau. Un certain ennui dans mon travail m’a fait penser à cette idée plus sérieusement, et j’ai fini par me décider.

Quand tu as pris ta décision, quels ont été les investissements à accomplir pour atteindre ton objectif ?

Lorsque je me suis décidé, j’ai tout d’abord approché mon oncle et ma tante pour voir si pour eux, mon projet de reprise de leur société était viable. J’ai par la suite entamé les démarches auprès de mon ancien employeur afin de pouvoir partir dans le cadre d’une rupture conventionnelle de contrat de travail. Ça m’a permis de bénéficier d’aide à la reprise ou à la création d’entreprise. J’ai par la suite pu rejoindre mon oncle et ma tante qui ont donc pu me former sans devoir prélever de salaire à l’entreprise.

Le travail de la terre est un domaine très vaste et en apprend tous les jours. Je pense que ma formation ne s’arrêtera donc jamais mais j’ai pu pendant les premiers mois me familiariser avec les différentes techniques de base et devenir autonome.

Quelles difficultés as-tu rencontrées ? Est-ce que tu en rencontres encore aujourd’hui ?

Sur le plan des difficultés, il y a la lourdeur de l’administration française. Même si je bénéficie d’aide, tout est compliqué, et le changement de gérance de l’entreprise a nécessité des mois d’attente et le remplissage de mètres de formulaire. À rajouter à cela des passages chez le notaire, tribunal et chambre des métiers… Mais les choses vont dans le bon sens. Ça prend pas mal de temps et de patience car après 6 mois, je n’ai pas encore obtenu tous mes papiers mais ça devrait être le cas d’ici peu, restons confiant !

Une autre difficulté est la pression financière. Je bénéficie d’aide pour le moment, ce qui me permet de voir venir, mais il ne faut pas oublier que dans mon cas, je suis sorti d’un boulot salarié vers la gérance d’une entreprise artisanale. Donc plus de salaires qui tombent chaque mois, mais des revenus qui dépendent de mon activité. Avec un prêt immobilier sur le dos, je dois forcément avoir des revenus chaque mois, sans quoi je ne peux plus vivre. Il faut donc s’assurer que la reconversion est viable financièrement. Ça devrait être le cas pour moi mais ça met une pression.

As-tu des conseils à donner aux personnes qui souhaiteraient entamer un chemin similaire au tien ?

Je dirais qu’il faut se poser les bonnes questions :
– Est-ce que je suis heureux dans mon travail ?
– Est-ce que je suis heureux dans le domaine d’activité dans lequel je bosse ?
– Pourquoi est-ce que je reste ou je suis ? Est-ce pour les bonnes raisons ou simplement par peur de l’inconnu ?
Quand on demande aux gens ce qu’ils veulent dans la vie, la majorité va vous répondre : “Je veux être heureux”. Et pourtant, nombreux sont ceux à ne pas s’épanouir dans leur travail.

On passe tellement de temps de sa vie au travail qu’il faut qu’on soit heureux de faire ce qu’on fait. Même si mes revenus ne sont plus les mêmes que ceux de mon salaire d’ingénieur d’avant, le dimanche soir je me dis que je suis content de retourner bosser lundi matin. Après, je pense qu’il faut bien réfléchir à son projet. Il faut voir s’il est viable économiquement et si c’est le cas, ne pas hésiter à se lancer. C’est certain qu’il faut une dose de courage car on quitte une situation stable qu’on maitrise pour aller vers l’inconnu. Cependant, il faut oser sortir de sa zone de confort si on veut faire évoluer sa situation. Même si vous perdez en salaire, vous allez forcément gagner en bonheur et en qualité de vie. Et finalement vous serez beaucoup plus heureux.

Le bonheur, ça n’a pas de prix !

 

J’ai pu découvrir l’atelier et les poteries de Thomas lors du marché des Potiers de Guewenheim. Celui-ci a lieu tous les ans au mois d’août. Je vous invite à y faire un tour si le cœur vous en dit. Vous verrez de très jolies créations et rencontrerez de nombreux artisans de la région.

Pour découvrir l’univers de Thomas, je vous invite à visiter son site internet : Faïencerie Doller.

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